L'Obsession · Édition 001
Mardi 12 mai 2026 · 8h30
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Comment OpenAI est devenu exactement ce qu'il ne voulait pas être.
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9 ans, 4 démissions, 1 trahison silencieuse. Le récit d'une mission devenue son contraire.
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Par Ryan · Fondateur
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Ça commence en 2015.
Douze personnes dans une chambre d'hôtel à San Francisco. Elon Musk, Sam Altman, Greg Brockman, Ilya Sutskever, et quelques autres. Le projet tenait en une phrase. Construire une intelligence artificielle pour le bien de l'humanité, et la rendre accessible à tous.
Pas de profit. Pas d'actionnaires. Pas de secrets.
J'ai relu cette charte hier soir. Onze ans plus tard, OpenAI vaut 500 milliards. Microsoft contrôle l'infrastructure. Les recherches sont fermées. Le plafond de profits a été supprimé. Quatre des fondateurs sont partis.
Et Sam Altman continue de parler de "mission".
Voilà comment on en est arrivé là.
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Acte I · 2015 — 2018
La promesse
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Au début, tout était cohérent. OpenAI était une non-profit. La structure juridique le garantissait. La charte fondatrice était sans équivoque. Si une autre entreprise atteignait l'AGI avant eux, OpenAI s'engageait à arrêter sa course et à l'aider. C'est écrit noir sur blanc.
Elon Musk donnait 100 millions de dollars. Sam Altman, alors président de Y Combinator, prenait la direction. Ilya Sutskever, l'élève star de Geoffrey Hinton, devenait le chief scientist. Dario Amodei, ancien Google Brain, dirigeait la recherche en safety.
Les papiers étaient publiés. Le code était open source. La culture était académique. Latent dans ses entrailles, il y avait une obsession partagée. Comprendre l'intelligence avant de la créer. Pas l'inverse.
Ce moment a duré trois ans.
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Acte II · 2019
La première fissure
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En mars 2019, OpenAI annonce la création d'OpenAI LP. Une nouvelle entité "capped profit". Officiellement, la structure permet de lever des fonds tout en limitant les retours sur investissement à cent fois la mise initiale. Cent fois.
Attends.
Cent fois sur un milliard, c'est cent milliards. Cent fois sur dix milliards, c'est mille milliards. Le "plafond" était purement théorique.
Personne n'a posé la question à l'époque.
Quelques mois plus tard, Microsoft injecte un milliard de dollars. La condition est simple. OpenAI utilisera exclusivement les serveurs Azure. Microsoft aura un accès privilégié à tous les modèles. Les recherches commencent à se fermer.
Sam Altman défend la décision avec l'argument qu'on entendra mille fois ensuite. Sans capital, pas d'AGI. Sans AGI, pas de mission. Donc le capital sert la mission.
Le raisonnement est techniquement correct. Mais il a un défaut. Une fois qu'on accepte cette logique, on peut justifier n'importe quel renoncement futur.
C'est exactement ce qui va se passer.
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Acte III · 2020 — 2024
Les départs
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En décembre 2020, Dario et Daniela Amodei quittent OpenAI. Avec eux partent Tom Brown, Jared Kaplan, Sam McCandlish, et plusieurs chercheurs clés en safety. Ils fondent Anthropic.
Aucun communiqué officiel n'explique le départ. Mais les indices sont clairs. Anthropic, dès sa première charte, se positionne comme l'anti-OpenAI. Mission centrale : la sécurité de l'IA avant la course commerciale. Tout ce qu'OpenAI prétendait être au départ.
Dario Amodei dira plus tard, dans une interview à The Information, que la question chez OpenAI était devenue "quand commercialiser ?". La question chez Anthropic est devenue "comment ne pas se précipiter ?". Deux philosophies. Deux entreprises.
En 2022, c'est Andrej Karpathy qui part. Il revient brièvement en 2023. Puis repart définitivement en février 2024.
En mai 2024, Ilya Sutskever, le co-fondateur scientifique, démissionne en silence. Quelques jours plus tard, Jan Leike, le co-leader du Superalignment Team, démissionne en publiant un post. Il accuse explicitement OpenAI d'avoir abandonné la culture de safety. Le Superalignment Team est dissous.
En septembre 2024, Mira Murati, la CTO et figure médiatique d'OpenAI, démissionne. Suivie de Bob McGrew, le chief research officer, et de Barret Zoph, le VP research.
Chaque départ a été présenté comme amical. Aucun ne l'était.
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Acte IV · Novembre 2023
Quatre jours
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Le 17 novembre 2023, le board d'OpenAI licencie Sam Altman. Le motif officiel tient en une phrase. "Manque de candeur" envers le conseil. Greg Brockman, co-fondateur et président, est démis de ses fonctions de board. Il démissionne dans la foulée.
Ce qui suit ressemble à un thriller. En 96 heures, l'avenir d'OpenAI a basculé trois fois.
Vendredi soir, Sam Altman est dehors. Samedi, Microsoft annonce qu'elle l'engage pour diriger une nouvelle équipe IA. Dimanche, 700 des 770 employés d'OpenAI signent une lettre menaçant de partir avec Sam. Lundi matin, le board capitule. Sam Altman revient. Le board est purgé. Ilya Sutskever, qui avait voté son éviction, fait son mea culpa public, puis quitte la société quelques mois plus tard.
Pourquoi le board l'a vraiment viré ce vendredi-là ? Là je ne sais plus. Personne ne sait vraiment. Helen Toner, l'une des board members évincées, a laissé entendre dans une interview au Bloomberg qu'il s'agissait de questions de gouvernance et de sécurité. Sam Altman a toujours réfuté.
Mais une chose est claire. Le board avait été conçu pour faire respecter la mission de la non-profit. Il avait le pouvoir, théorique, de licencier le CEO. Quand il a essayé de l'exercer, il a perdu.
À partir de ce moment, plus aucun garde-fou interne ne peut sérieusement s'opposer à Sam Altman.
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Acte V · 2024 — 2026
La conversion
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En septembre 2024, OpenAI annonce la suppression du plafond de profits. La structure "capped profit" devient pure et simple "for profit". Le board de la non-profit conserve un rôle symbolique, mais perd son pouvoir effectif sur la direction commerciale.
Officiellement, OpenAI explique que la nouvelle structure est nécessaire pour lever les centaines de milliards de dollars que coûte la course à l'AGI. Officieusement, c'est l'acte final d'une conversion qui durait depuis cinq ans.
En 2025, la valorisation d'OpenAI passe de 157 milliards à 300 milliards. En 2026, à 500 milliards. Les investisseurs incluent Microsoft (49% des bénéfices futurs), SoftBank, Nvidia, et plusieurs fonds souverains.
Les recherches d'OpenAI ne sont plus publiées. Le papier de GPT-4 ne contenait aucune information technique sur le modèle. Celui de GPT-5 n'en contiendra probablement aucune non plus. La culture académique a disparu. La culture est devenue celle d'un éditeur de logiciels en concurrence avec Anthropic, Google, et Meta.
Sam Altman, lui, reste. Il dit toujours "mission". Il évoque toujours "le bien de l'humanité". Il utilise toujours le langage de 2015.
Mais le projet de 2026 n'a plus rien à voir avec celui de 2015.
Et la mission, comme l'écrivait Daniel Boorstin, est devenue ce qu'elle est presque toujours quand les institutions évoluent. Un alibi.
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Note du Signal
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Voilà ce qui me reste, après trois jours à creuser cette histoire.
Le vrai sujet n'est pas OpenAI.
Aucune mission n'est imperméable au capital. Aucune charte ne résiste à cent milliards de dollars. Aucun "non-profit" tech n'est conçu pour rester non-profit quand la technologie devient suffisamment précieuse.
Ce n'est pas un échec d'OpenAI. C'est un phénomène structurel. Quand une organisation découvre qu'elle est assise sur un trésor, deux mouvements deviennent inévitables. Le premier consiste à réécrire les règles internes pour pouvoir l'exploiter. Le second consiste à reformuler la mission pour qu'elle reste compatible avec l'exploitation.
OpenAI a fait les deux. Les autres labs commerciaux feront probablement la même chose. Anthropic, qui s'est positionnée comme l'alternative éthique, a déjà commencé. Levée de fonds à 60 milliards. Partenariats avec Amazon et Google. Quelques années séparent les chartes idéalistes de leur première réécriture.
Cette histoire ne se rejoue pas qu'en IA. Elle se rejoue partout où une mission noble rencontre une opportunité économique massive. Latent observera ces glissements, partout où ils se produisent. Avant qu'ils deviennent évidents.
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À vendredi. Prends soin de toi.
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— Sourcé
The Information · Couverture continue d'OpenAI 2020-2026. Bloomberg · Interview Helen Toner, données valorisation. Wired · Origines d'OpenAI 2015. The New York Times · Crise novembre 2023. The Atlantic · Analyse culturelle. Communiqués officiels OpenAI 2015 — 2026.
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