Trois founders. Trois paniques.
Et la même solitude.
Aucun ne m'a parlé de concurrence. Aucun n'a mentionné les agents IA. Et pourtant, ils ont tous les trois la même peur.
Un homme seul à une longue table art déco, trois chaises vides en face,
trois verres à moitié pleins. Illustration art déco originale, Latent.
Cette semaine, trois founders français m'ont chacun confié ce qui les empêchait vraiment de dormir.
Pas le pitch officiel. Pas la réponse policée qu'on donne en conférence. La vraie peur. Celle qu'on n'écrit jamais sur LinkedIn.
Aucun ne m'a parlé de la concurrence. Aucun n'a mentionné les agents IA. Aucun ne s'inquiétait des taux d'intérêt.
Voici ce qu'ils m'ont dit.
« Je suis fatigué. Mais je peux le dire à personne. »
Il a levé en 2022. Il a recruté. Il a livré. Sa boîte marche.
Mais à ses employés, il ne peut pas dire qu'il est épuisé (ils paniqueraient). À ses investisseurs non plus (signal de faiblesse). À sa femme c'est tendu déjà (il rentre tard depuis trois ans). À ses potes founders, il n'ose pas (ils ont l'air d'aller bien sur LinkedIn).
Il porte sa boîte. Et il porte sa fatigue. Seul.
« Mes potes founders gagnent tous mieux leur vie que moi. »
Sa boîte va « bien ». C'est le mot qu'il répète en confer call. 600K€ d'ARR, 30% de croissance annuelle, équipe motivée.
Il se paie 4000€ par mois. Net.
Ses amis ingénieurs en startup gagnent 8000€. Ses amis en VC gagnent 12000€. Ses amis qui ont « juste » gardé leur job chez Datadog ou Stripe gagnent 15000€ avec des RSU qui ont x4.
Il commence à compter ce qu'il a perdu. Pas en cash. En temps. En vie qu'il aurait pu vivre. Personne ne lui en parle. Personne n'oserait.
« Je ne sais plus si c'est le bon produit. »
Il n'a pas échoué. Il n'a pas réussi non plus.
Sa boîte est dans cette zone grise étrange où les chiffres ne disent rien de clair. Le marché répond mollement. Les clients sont contents mais ne renouvellent pas tous. Les commerciaux ferment des deals mais le pipeline repésente une semaine d'effort pour 30K€.
Il ne sait pas s'il doit pivoter encore (et perdre 18 mois) ou persévérer (et risquer 18 mois de plus dans une impasse).
Sur LinkedIn, il poste « on construit quelque chose de spécial ». Dans sa cuisine, il se demande s'il devrait juste retourner salarié.
Aucun de ces trois founders ne se connaît.
Pas la même boîte. Pas le même secteur. Pas la même année de levée. Trois conversations distinctes, dans trois contextes différents.
Et pourtant, ils m'ont chacun confié quelque chose que personne d'autre ne sait sur eux.
Pas leur stratégie produit. Pas leur runway. Pas leur prochaine release.
Leur solitude.
Le vrai angle mort de la French Tech
n'est pas le marché.
On couvre les levées. On couvre les exits. On couvre les pivots et les recrutements.
On ne couvre jamais les founders eux-mêmes. Leurs nuits. Leur isolement. Leur fatigue accumulée.
Aux US, des newsletters comme Lenny's Newsletter ou The Generalist couvrent ce sujet depuis 2022. Des podcasts entiers existent pour ce founder mental health.
En France, le sujet est en Vague 1. Pas encore décodé. Pas encore mainstream. Mais déjà présent dans toutes les conversations à voix basse.
Si tu es founder et que tu lis ça, sache que tu n'es pas seul. Ce que tu ressens, trois autres founders me l'ont confié cette semaine. Et il y en a probablement trois cents en France en ce moment.
À mardi.
Prends soin de toi.
Les vagues d'innovation US,
12 à 24 mois avant la presse FR.
Pour founders, CFOs et investisseurs francophones
qui veulent voir avant que tout le monde regarde.



